Mozambique

Mozambique : Dessai dirige son mari et ses beaux-frĂšres

Temps de lecture : 3 mn 🕗

QUELIMANE (Mozambique) – Depuis quelques annĂ©es, de plus en plus de femmes occupent le rĂŽle de coach d’équipes masculines en Afrique. Dilar Dessai fait partie de ces pionniĂšres et elle est en train d’accomplir un remarquable parcours.

Il y a deux mois, un nombre record de trois assistantes coachs ont participĂ© aux Éliminatoires de la Basketball Africa League (BAL) 2023.

coinpayu

Dessai, ancienne internationale mozambicaine ayant ensuite servie d’assistante au coach Nasir Sale Ă  la tĂȘte de la sĂ©lection nationale fĂ©minine de son pays pendant plus de cinq ans, est devenue la premiĂšre femme Ă  guider une Ă©quipe masculine jusque sur le podium de la ligue du Mozambique (MOZAL).

Le mois passĂ©, le Sporting de Quelimane coachĂ© par Dessai a en effet surpris les anciens champions nationaux et participants de la BAL du Ferroviario de Maputo pour dĂ©crocher pour la toute premiĂšre fois de l’histoire du club la 3e place du championnat mozambicain.

Il est intĂ©ressant de noter que l’effectif du Sporting de Quelimane s’est appuyĂ© sur un trio de frĂšres qui se sont illustrĂ©s avec le Mozambique durant quasi une dĂ©cennie : Augusto Matos, mari de Dessai, son frĂšre jumeau Pio Matos et l’aĂźnĂ© de la fratrie Amarildo Matos.

coinpayu

La prĂ©sence de femmes sur le banc de touche de formations masculines ne manque pas de susciter de l’intĂ©rĂȘt. RĂ©cemment, le Commissaire de la NBA Adam SIlver a apportĂ© tout son soutien. Et ValĂ©rie Garnier, une ancienne joueuse qui a coachĂ© l’équipe nationale fĂ©minine de France pendant de nombreuses annĂ©es, vient de signer avec Tours en NM1 française.

« Je ne pense pas qu’il y a une grande diffĂ©rence entre les coachs de basketball fĂ©minins et masculins », note Dessai auprĂšs de FIBA.basketball.

« L’autoritĂ© au sein du vestiaire peut ĂȘtre un problĂšme pour les femmes coachs, mais elles peuvent l’affirmer par les actes. Un coach doit ĂȘtre capable de mettre en pratique ses thĂ©ories indĂ©pendamment de son genre. Il ou elle doit communiquer et agir. À la fin, la seule chose qui compte sont les rĂ©sultats. »

L’équipe nationale du Mozambique qui a participĂ© Ă  la Coupe du Monde FĂ©minine FIBA 2014, avec Dilar Dessai tout Ă  droite

Elle poursuit : « Maintenant que nous avons pris le 3e rang, nous songeons dĂ©jĂ  au titre de la MOZAL et pourquoi pas Ă  la BAL. Nous ne sommes plus des nĂ©ophytes. Notre objectif initial Ă©tait d’éviter la relĂ©gation, mais nous avons rĂ©ussi Ă  battre des Ă©quipes plus aguerries que la nĂŽtre pour nous hisser sur le podium. »

Augusto (32 ans), Pio (32) et Amarildo Matos (37) ont représenté le Mozambique à de multiples éditions du FIBA AfroBasket et Dessai a également joué pour son pays.

InterrogĂ©e sur son expĂ©rience de coach-Ă©pouse, Dessai affirme que sur le terrain, les rapports sont les mĂȘmes qu’avec n’importe quel autre joueur, mĂȘme si elle ne cache pas parler tactique Ă  la maison.

« C’est une position dĂ©licate, non seulement parce qu’il est mon mari et que ce sont mes beaux-frĂšres, mais aussi et surtout parce que ce sont des joueurs dĂ©jĂ  reconnus. Ils ont leurs habitudes et celles-ci crĂ©ent parfois des petites tensions, mais ils savent rester Ă  l’écoute malgrĂ© tout. »

Dessai ne s’est pas retrouvĂ©e du jour au lendemain Ă  son poste actuel. Elle a remportĂ© trois FIBA Africa Champions Cup Women (2007, 2008 et 2012) comme assistante de Nasir Sale et elle a contribuĂ© Ă  la qualification du Mozambique pour la Coupe du Monde FĂ©minine FIBA 2014 en Turquie, de quoi acquĂ©rir pas mal d’expĂ©rience.

« Ces compĂ©titions m’ont aidĂ©e dans mon rĂŽle de coach, car elles ont Ă©tĂ© trĂšs riches en enseignements », indique-t-elle.

Augusto Matos lors du FIBA AfroBasket 2015

Au sujet de cette nouvelle vague de femmes coachs dans le basketball africain masculin, Dessai explique : « Cela dĂ©montre que des femmes osent sortir de leur zone de confort. J’en connais certaines de l’époque oĂč elles jouaient. Quelques-unes sont restĂ©es des assistantes coachs probablement par manque de confiance ou d’opportunitĂ©s offertes. »

MĂšre de deux filles de 18 et 11 ans, Dessai s’est fixĂ© des objectifs Ă©levĂ©s pour sa carriĂšre mais elle est la premiĂšre Ă  admettre que le chemin est encore long pour que les femmes coachs puissent vivre du basketball en Afrique.

« Comme coach, j’aimerais aller encore plus haut. Travailler avec une Ă©quipe nationale masculine, mĂȘme comme assistante, est quelque chose que je ferais volontiers. Coacher en dehors du Mozambique serait plus difficile pour moi Ă  cause de mon travail et de ma famille, qui vit ici Ă  Quelimane. Je pourrais essayer, mais une fois le championnat fini, qu’est-ce que je ferais ? Pourquoi risquer de perdre mon job ? Pas Ă  ce moment de ma vie », commente Dessai, qui travaille dans une banque en parallĂšle Ă  son rĂŽle au Sporting de Quelimane.

Dessai assise sur le banc durant le Tournoi de Qualification Olympique FĂ©minin FIBA de 2012 Ă  Ankara (Turquie)

S’agissant du projet du Sporting de Quelimane, qui a bouleversĂ© la hiĂ©rarchie en MOZAL, Dessai note qu’avant de devenir l’équipe d’aujourd’hui, il a fallu relever de nombreux dĂ©fis : « Nous n’avions pas de vrais sponsors. Nous avons changĂ© de nom pour des raisons de marketing et de sponsoring, nous n’avions pas de salle, nous devions nous entraĂźner dans la rue jusqu’à ce que nous lancions une section basketball au Sporting de Quelimane. »

La prĂ©sence des femmes coachs dans le basketball masculin africain n’est pas un fait divers : elles dĂ©montrent jour aprĂšs jour – et de plus en plus – qu’elles sont capables de faire elles aussi la diffĂ©rence.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

FIBA

Facebook Comments

coinpayu
Click to comment

You must be logged in to post a comment Login

Leave a Reply

Les plus populaires

To Top